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CHRONIQUE PAR ...

100
Merci foule fête
Cette chronique a été mise en ligne le 01 juin 2021
Sa note : 13/20

LINE UP

-Julian Frederick Gordon "Pye" Hastings
(chant+guitare)

-Peter Geoffrey Richardson
(guitare+mandoline+alto)

-Jan Russell Schelhaas
(claviers)

-Mark Walker
(batterie)

Ont participé à l'enregistrement :

-James Brian Gordon "Jimmy" Hastings
(flûte)

-Lee Pomeroy
(basse)

TRACKLIST

1) Down From London
2) Wishing You Were Here
3) It's None Of Your Business
4) Ready Or Not
5) Spare A Thought
6) Every Precious Little Thing
7) If I Was To Fly
8) I'll Reach Out For You
9) There Is You
10) Luna's Tuna

DISCOGRAPHIE


Caravan - It’s None Of Your Business
(2021) - rock prog - Label : Madfish



Cinquante ans après, Caravan est toujours vivant. Il y a un demi-siècle paraissait In The Land of Grey and Pink, recueil référentiel auquel la formation britannique n'a pas vraiment réussi à donner de successeur du même niveau, en dépit d'efforts plus que méritoires. Comme d'autres collectifs de rock progressif apparus au tournant des années soixante-dix (Yes, King Crimson...), Caravan a dû faire face à l'habituelle valse de musiciens ainsi qu'à des pauses plus ou moins forcées. Le vénérable « band » doit sa survie à la persévérance de Pye Hastings, son seul membre permanent. C'est ainsi que, aidé de fidèles camarades et de son frère Jimmy, l'Écossais de naissance est en mesure de proposer en 2021 un nouvel album de Caravan, le quinzième, intitulé It's None Of Your Business.

Les fans tenaces auront été à la fête en cette année de défaite de l'Angleterre en finale du Championnat d'Europe masculin de football – railler les perfides Britons quelque soit le sport pratiqué n'est jamais mesquin – puisque peu de temps avant que le LP n°15 ne soit livré à l'appétit accapareur des plateformes de streaming est paru un monstrueux coffret de trente-sept disques nommé Who Do You Think We Are, qui contient tous les albums studio et live officiels de Caravan, ainsi que onze captations de concerts jamais publiées auparavant, officiellement du moins, dont une opérée au Bataclan le 26 Novembre 1973. It's None Of Your Business, qui témoigne une fois de plus du goût de ces éternels outsiders pour les formulations « tongue-in-cheek », débute quant à lui par un bref roulement de batterie annonçant une pimpante ritournelle portée par l'alto de Geoff Richardson. "Down from London" est animée d'une joyeuse mélancolie qui fait tout le charme de Caravan depuis son apparition dans le game, laissant espérer un bon millésime, huit ans après un Paradise Filter un peu fade. "Wishing You Were Here", mid tempo pas mou, lui aussi typique du quatuor, est amorcé par un riff assez nerveux tandis que l'orgue se fait davantage entendre. Toutefois, le refrain est en partie désactivé par le chant lisse comme une chevelure ruisselante d'un spot de pub pour après shampooing. Rien de neuf sous le brouillard londonien, certes, cela fait plus de cinq décennies que Pye Hastings, qui remplaça jadis Robert Wyatt derrière le micro au sein de The Wilde Flowers, propose ce mélange aimable, dans la lignée d'un David Gilmour (et désormais de Mark Knopfler, aussi).
Ce signe distinctif a toujours été un atout autant qu'une malédiction pour Caravan qui n'a jamais pu rivaliser lorsque la course à la puissance sonore faisait rage dans les seventies. La frustration se précise sur la chanson-titre, « epic » de presque dix minutes divisé en deux mouvements – notons que les gars ne se donnent plus la peine de nommer les sous-parties de leurs longs morceaux comme à l'âge d'or du prog. Le rythme de départ est allègre, portant une mélodie charmante, sans doute un peu trop tendre, qui s'accorde avec le chant aérien dont les scansions trahissent une volonté de dynamisme que ne permet pas le gosier de son pourvoyeur. Après une première accalmie, alto et guitare jouent à l'unisson une douce mélodie « héroïque » typique de Caravan. Un second temps calme - permettant à Lee Pomeroy, remplaçant au pied levé du démissionnaire Jim Leverton, de faire résonner sa basse - précède un passage tendu sur lequel l'alto de Richardson fait fugacement espérer un équivalent de "Backwards", l'un des sommets artistiques du groupe figurant sur For Girls Who Grow Plump in the Night (1973). Fausse joie, mais le motif est assez vigoureux pour maintenir l'attention jusqu'au solo d'orgue final.
La suite est plus anecdotique, malgré quelques agréables trouvailles telles que le refrain de "Ready or Not" et l'intervention de cordes mélancoliques sur "There Is You" faisant croire à une variation de l'émouvant "Wild West Street" sur The Unauthorized Breakfast Item de 2003. La séquence reste cependant bien sage, en écho à "Spare a Thought", sorte de berceuse acoustique sur laquelle sont évoqués celles et ceux qui n'ont pas survécu à la pandémie, "Every Precious Little Thing" dont le motif rappelle une version tranquille de "Walk of Life", pas le titre le plus nerveux de Dire Straits (qui n'aurait sans doute jamais tenté le double solo de flûte) et "If I Was To Fly", digne d'une chanson scout. Le long et transparent "I'll Reach Out For You" poursuit la somnolence alors qu'en conclusion, le rêveur "Luna's Tuna", ne parvient pas, logiquement du reste, à susciter l'éveil.


Entamé de manière prometteuse, It's None of Your Business est traversé d'inspirations trop fugaces pour prolonger la félicité jusqu'au bout, la faute notamment à une enveloppe sonore aseptisée. Malgré la sympathie que peut inspirer une nouvelle livraison de Caravan, il est difficile de ne pas pointer le manque de vigueur de la guitare et le chant très affable du vétéran Pye Hastings, qui tendent à souligner la fadeur de certaines compositions. Reste que l'ensemble est moins lénifiant que la dernière réalisation de Yes sortie une semaine plus tôt et qu'il pourra faire passer un plaisant moment aux aficionados, à défaut de les transporter à nouveau dans le « Pays du Gris et du Rose » ou auprès des « Filles qui s'arrondissent la Nuit ».





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