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CHRONIQUE PAR ...

100
Merci foule fête
Cette chronique a été mise en ligne le 30 septembre 2022
Sa note : 16/20

LINE UP

-Paul Martin Missy
(chant)

-Michael Carlsson
(guitare)

-Mathias Johansson
(basse)

-Erik Carl-Gustav Karlsson
(batterie

Ont participé à l'enregistrement :

-Ludvig "Ludde" Engellau
(chœurs)

-Shayan Jahanzadeh
(chœurs)

-Oliver "Ollie" Palmquist
(chœurs)

TRACKLIST

1) Last Stand Hill
2) Pandemic Misery
3) Referat IV B 4
4) Open Skies and Endless Seas
5) Infinite Tyranny
6) Perpetual Blood Oath
7) Thirty Years of Perdition
8) Cleithrophobia
9) Toiling in Sheol
10) Shackled by Total Control
11) Morse Mania

DISCOGRAPHIE


Protector - Excessive Outburst of Depravity



(for English version scroll down)

Sérieux ? Protector ? En 2022 ? Ouais ma poule. Avec du lourd dans le paquetage, en plus. Ou plutôt du speed dans les pognes. Aucune allusion cryptée ici à un rendez-vous avec un marchand ambulant Porte de la Chapelle, néanmoins le constat est là : le sous prolétariat du metal veut sa revanche et compte bien se faire entendre. En se chargeant avec des trucs dangereux s'il le faut.

Sans dérouler toute la biographie de cette escouade au parcours embrouillé, il convient d'indiquer de qui il est question. Groupe fondé à Wolfsburg en 1986, Protector est resté dans l'ombre des cadors du thrash des eighties puis du death des nineties, en dépit d'un troisième long jeu, A Shedding of Skin (1991), plutôt bien accueilli. Petite particularité : entre le premier LP Golem (1988) et le quatrième, The Heritage, publié juste avant le split survenu en 1993, il n'y a aucun musicien en commun. Pas plus d'ailleurs qu'entre The Heritage et l'album post reformation, Reanimated Homunculus paru vingt ans plus tard, sous l'impulsion du chanteur initial Paul Missy, qui a redonné vie à la créature avec des musiciens suédois dégotés à Stockholm où il s'était relocalisé. Deux autres livraisons d'honnête facture ont suivi, dans un relatif anonymat. Et puis, à l'instar de ce qui s'est passé avec A Shedding of Skin (auquel Missy n'avait pas participé), et sans qu'on comprenne trop pourquoi, les mecs passent brutalement la cinquième.
À quoi est due cette montée en gamme, qui a surpris jusqu'aux responsables du label ? Les zicos sont toujours en place, le style pratiqué est rigoureusement le même. Le mixage assuré par Patrick Engel, spécialisé dans le remastering d'enregistrements vénérables, donne peut-être un peu plus d'ampleur au son typé thrash eighties qu'avait concocté l'un de ses créateurs, Harris Johns, pour la réalisation antérieure. Mais à part ça, la seule explication plausible réside dans un sursaut d'inspiration. Certes, l'innovation n'est pas franchement de la partie, les défricheurs de sonorités saturées qui s'enjaillent sur Ho99r9r risquent de ne pas trouver leur compte sur Excessive Outburst of Depravity, salve de onze titres de thrash metal aux subtils relents de death – ça a été parfois l'inverse chez Protector. Le quartet donne le ton sur "Last Stand Hill" entamé sur un tempo rapide et guidé par un riff pas révolutionnaire mais qui fore le cortex illico. Délicieusement evil, le chant raclé de Missy évoque un Petrozza goudronné au tabac de contrebande, ou un mix entre Abbath et le grogneur actuel de Necrophobic. Avares en variation, ses intonations instillent une linéarité difficilement évitable étant donné le genre pratiqué. Celle-ci n'aide pas à distinguer couplets et refrains (quand il y en a). Heureusement, les gars du nord ont toujours une bonne idée pour customiser leur matériel. Ici une modulation astucieuse, là un ralentissement mettant le refrain en valeur, comme sur "Shackled by Total Control" valorisé par un excellent solo, à l'image de la plupart des pistes, telles "Pandemic Misery" aux faux airs de "The Final Command" de Slayer et " Open Skies and Endless Seas" à l'amorce inquiétante rappelant "South of Heaven" – Slayer, toujours.
Ne sortant qu'exceptionnellement d'un canevas thrash tendance speed aux contours aiguisés, les Germano-Scandinaves prennent le risque de se répéter, ce qui est en partie le cas sur "Referat IV B 4" (référence au service chargé des « affaires juives » sous le IIIème Reich – aucune complaisance dans les paroles), "Infinite Tyranny" et "Toiling in Sheol" notamment. Toutefois, les nombreuses accélérations enclenchées par le collectif sauvent ces occurrences de la routine et dopent également "Thirty Years of Perdition", initiée par un air de guimbarde (la harpe à bouche), petite incongruité relayée par un riff sombre faisant songer à Immortal période At the Heart of Winter. Enfin, les forcenés régalent sur "Cleithrophobia" (du nom d'un trouble proche de la claustrophobie) qu'ils bonifient d'un superbe solo de même que "Perpetual Blood Oath", hymne aux brothers du metal vivifié par un riff similaire à celui d'"Evil Dead" de Death - autant dire que ça donne envie de secouer très fort la nuque. L'affaire se conclut sur "Morse Mania", jouissive loufoquerie durant laquelle Missy récite l'alphabet radio à l'envers. Véloce, porté par un très bon riff en escalier façon "Welcome to the Slaughterhouse" de Dark Angel, un refrain bas du front mais accrocheur et un solo dans la même veine épique que les meilleurs du recueil : voilà ce qui s'appelle soigner sa sortie.


Et une bonne surprise, une ! Les quatre énervés de Protector ont beau rester dans un schéma thrash vintage limitatif, ils n'en réussissent pas moins à lâcher un bon paquet de joyeusetés fumantes garnies de changements de rythmes judicieux et de solos délectables qui transcendent l'uniformité du propos – les ritournelles à fredonner sous la douche, ce sera pour une autre vie. Virulent, vicieux, savoureux : Excessive Outburst of Depravity est le meilleur album de Protector sorti à ce jour, qu'on se le dise !



(merci à l'ami cglaume de CoreAndCo d'avoir signalé cette sortie passée sous les radars Éternels)

Seriously? Protector? In 2022? Yeah, baby. With a lot of weight in the package, too. Or rather speed in the paws. No reference here to a meeting with the local dealer, but the fact remains: the metal sub-proletariat wants its revenge and intends to make its voice heard. By charging in with dangerous stuff if necessary.

Without unraveling the whole biography of this confused squad, it is appropriate to indicate who we are talking about. Founded in Wolfsburg in 1986, Protector has remained in the shadow of the eighties thrash metal and nineties death metal big ones, despite a third full-length, A Shedding of Skin (1991), which was rather well received. Fun fact: between the first LP Golem (1988) and the fourth one, The Heritage, released just before the split in 1993, there is no common musician. Nor between The Heritage and the post-reform album, Reanimated Homunculus, released twenty years later, under the impulse of the original singer Paul Missy, who revived the creature with Swedish musicians found in Stockholm where he had moved to. Two other honest albums followed, in a relative anonymity. And then, just like what happened with A Shedding of Skin (in which Missy didn't participate), the guys suddenly shift into fifth gear.
What is the reason for this rise in quality, which surprised even the people in charge of the label? The musicians have not changed, the musical genre they play is always the same. The mixing by Patrick Engel, who specializes in remastering venerable recordings, perhaps gives a little more scope to the typical eighties thrash sound that one of its creators, Harris Johns, had concocted for the previous release. But apart from that, the only plausible explanation lies in a burst of inspiration. Of course, the innovation is not really part of the game, and sonic explorers who enjoy Ho99r9r will not find what they are looking for on Excessive Outburst of Depravity, an eleven tracks thrash metal salvo with subtle hints of death metal - it was sometimes the opposite with Protector. The quartet sets the tone on "Last Stand Hill", which starts on a fast tempo and is guided by a riff that is not revolutionary but that drills the cortex immediately. Deliciously evil, Missy's raspy vocals evoke a Petrozza tarred with contraband tobacco, or a mix between Abbath and the current Necrophobic growler. Not very varied, her intonations instill a linearity that is difficult to avoid given the genre. It doesn't help to distinguish verses and choruses (when there are some). Fortunately, the guys from the north always have a good idea to customize their material. Here a clever modulation, there a slowing down highlighting the chorus, like on "Shackled by Total Control" enhanced by an excellent solo, like most of the tracks, such as "Pandemic Misery" with its false airs of "The Final Command" of Slayer and "Open Skies and Endless Seas" with its disturbing beginning reminding "South of Heaven" - Slayer, again.
Only exceptionally coming out of a thrashy and speedy framework, the German-Scandinavians take the risk of repeating themselves, which is partly the case on "Referat IV B 4" (reference to the service in charge of "Jewish affairs" under the Third Reich - no complacency in the lyrics), "Infinite Tyranny" and "Toiling in Sheol" in particular. However, the numerous accelerations save these songs from the routine and also boost "Thirty Years of Perdition", initiated by a mouth harp, a small incongruity relayed by a dark riff reminding Immortal's At the Heart of Winter. At last, the band hits the bull's eye with "Cleithrophobia" (named after a disorder close to claustrophobia) that they enhance with a superb solo as well as "Perpetual Blood Oath", a hymn to the brothers of metal enlivened by a riff similar to the one of Death's "Evil Dead" - as much as to say that it makes you bang your head. The affair concludes with "Morse Mania", a joyful zany song during which Missy recites the International Morse code backwards. Fast, carried by a very good staircase riff like Dark Angel's "Welcome to the Slaughterhouse", a low front chorus but catchy and a solo in the same epic vein as the best of the other tracks: this is what is called a successful end of record.


What a good surprise ! The four angry guys of Protector may stay in a limiting vintage thrash scheme, but they still manage to release a good amount of exploding songs filled with judicious rhythm changes and delectable solos that transcend the uniformity of the subject matter - the ritornellos to be hummed in the shower, that's for another life. Virulent, vicious, tasty: Excessive Outburst of Depravity is the best Protector album released to date, let's face it!


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