20214

CHRONIQUE PAR ...

146
Cochetooo
Cette chronique a été mise en ligne le 28 mai 2026
Sa note : 16/20

LINE UP

-Stian Tomt "Shagrath" Thoresen
(chant+claviers)

-Sven Atle "Silenoz" Kopperud
(guitare)

Ont participé à l'enregistrement :

-Enya Thoresen
(chant sur 5)

-Sandrine Schau
(chœurs)

-Ingrid Margitte Narvesen
(chœurs)

-Hannah Agnethe Pold
(chœurs)

-Simen Bredesen Hørthe
(chœurs)

-Magnus Ingemund Kjelstad
(chœurs)

-Mattis Holthe Møll Austrheim
(chœurs)

-Kjell Åge "Damage" Karlsen
(guitare)

-Geir "Gerlioz" Bratland
(claviers)

-Teresa "Antinoë" Marraco Bertet
(piano)

-Victor Carl Johannes Brandt
(basse)

-Dariusz "Daray" Brzozowski
(batterie)

-The Bratislava Symphony Orchestra
(orchestre)

TRACKLIST

1) Tridentium
2) Ascent
3) As Seen in the Unseen
4) The Qryptfarer
5) Ulvgjeld & Blodsodel
6) Repository of Divine Transmutation
7) Slik Minnes en Alkymist
8) Phantom of the Nemesis
9) The Exonerated
10) Recognizant
11) At the Precipice of Convergence
12) Shadows of a Thousand Perceptions
13) Gjǫll

DISCOGRAPHIE


Dimmu Borgir - Grand Serpent Rising
(2026) - metal symphonique black metal black metal symphonique - Label : Nuclear Blast



Septembre 2003, fin d'une canicule sans précédent, je saisis mon biberon quand tout à coup ma mère insère dans la chaîne hi-fi pour la première fois un disque qui définira à jamais mes goûts douteux en termes de musique : des blast-beats furieux, une voix de sorcière trafiquée, une production gargantuesque, et des orchestrations dans tous les sens. Tout cela a suffi à mes oreilles pour me faire aimer le black metal symphonique et ses claviers à gogo, les atmosphères evil, les envolées de piano…

À cette époque donc, Death Cult Armageddon, avait divisé de nombreux amateurs de metal extrême™, tant pour son esthétique kitsch que pour son côté commercial, surproduit, et aux antipodes de ce que le black metal revendiquait. Pourtant, ce n’était qu’un avant-goût de ce que les controversés Norvégiens allaient proposer par la suite. Quatre ans plus tard, sur In Sorte Diaboli, ces messieurs recyclent leur formule, adoucissent les orchestrations et y ajoutent une légère saveur médiévale. En 2010, Abrahadabra reprend tout ce qu'avait fait DCA, et y incorporent une dose de kitsch supplémentaire, des chœurs ritualistes incessants, et des passages plus niais. Demon Burger fit par la suite une pause de huit ans pour nous pondre Eonian, une belle déception, délaissant le peu de black metal encore présent pour une approche symphonique omniprésente, des chœurs à n'en plus pouvoir, et toujours plus de passages ritualistes que je trouve vraiment malvenus, m'enfin tout est question de goût et de couleur, bien entendu. Cette fois-ci, c'était fini, non ? Parce que même en ayant beaucoup apprécié In Sorte Diaboli et plutôt bien aimé Abrahadabra, quand le groupe nous tease un nouvel album pour 2026, soit SEIZE ANS après la dernière once d'inspiration du groupe, il va de soi que personne ne pourrait imaginer un album cohérent, moins Nightwish-esque, et avec un retour sur une atmosphère et une magie qui avaient su me bercer à l'époque de Enthrone Darkness Triumphant jusqu'à Death Cult Armageddon.
Et pourtant si ! Ils l'ont fait ! Ne vous méprenez pas, je préviens directement : Grand Serpent Rising n'atteint pas la virtuosité des albums de la grande ère du groupe, mais cet album rend plus qu'honneur à l'héritage de la bande. Les deux singles annonçaient quelque chose d'incertain : "Ulvgjeld & Blodsodel", premier jet de l'opus, semblait un peu fade quoique sympa, une sorte de riff principal et de chant à la Abbath, un petit pont au piano sympathique, mais très lent et dans l'esprit de l'album précédent. Cela ne faisait pas bon présage, quand le deuxième single m'a fait bondir de ma chaise en l'écoutant : "Ascent", un blast-beat comme on n'en avait jamais entendu depuis DCA, et une férocité, certes sans égaler celle d'antan, mais qui redonne un peu de crédibilité au groupe. En tout cas, la mise en bouche de l'opus était nettement plus agréable que l'infâme "Interdimensional Summit" et le très moyen "Council of Wolves and Snakes" tiré d'Eonian.
La bonne surprise s'est présentée à la sortie de l'album entier, lorsque j'ai découvert avec joie que tout l'album ressemblait plus à "Ascent" qu'au premier single : dès le premier titre "Tridentium", l'atmosphère apocalyptique des grandes heures de Dimmu revient, et tout ce qui suit le confirmera. La première chose notable : il y a plus de blast-beats que les trois derniers albums n'en ont jamais eu, plus de riffs froids et black metal dans l'âme ("Ascent", "The Exonerated"). Les orchestrations utilisées globalement à très bon escient s'inscrivent plus dans l'âme d'un Puritanical Euphoric Misanthropia ("As Seen in the Unseen" est un exemple valable), avec beaucoup d'instruments à cordes, plutôt que des cuivres et des percussions que Abrahadabra proposait trop souvent et, à mon humble opinion, d'une mauvaise manière. La disparition des chœurs trop omniprésents sur les deux précédents font également du bien, ainsi que la disparition des notes électroniques trop fréquentes sur Eonian qui desservaient l'album plus qu'autre chose. On remarquera une agréable diversité tout au long de l'album, avec "Repository of Divine Transmutation" proposant un pont magnifique avec de la guitare acoustique, un "Phantom of the Nemesis" dont un léger côté industriel rappelle les grandes heures de Puritanical, "Slik Minnes en Alkymist" et sa sonorité très heavy chanté en norvégien, ou encore "Shadows of a Thousand Perceptions" et son ambiance très mystique qui n'est pas sans rappeler "Arcane Lifeforce Mysteria" de Spiritual Black Dimensions. On peut noter également le retour des envolées de piano qui savaient séduire plus d'une personne (en même temps, Mustis y était pour beaucoup) comme sur le court mais efficace "The Qryptfarer", et surtout un côté plus sobre et atmosphérique, qui vont même rappeler des albums comme Stormblåst ou Enthrone Darkness Triumphant !
Restons tout de même réaliste, si les clins d'œil aux vieux albums sont très fréquents et qu'il y a une réelle différence dans la recherche d'atmosphère et de sonorités comparé à la grandiloquence inutile d'Eonian, on remarque tout de même des points faibles notables sur cet opus. Pour commencer, la production, pourtant confiée au renommé Fredrik Nordström, déçoit quelque peu. Alors qu’il avait su donner aux précédents albums, tels que Puritanical Euphoric Misanthropia, Death Cult Armageddon ou In Sorte Diaboli un son à la fois précis et parfaitement équilibré, son travail paraît ici en retrait, notamment en ce qui concerne la batterie et les guitares. La voix de Shagrath également, n'a plus l'intensité et la rage qu'il pouvait avoir à l'époque, et même saturée d'effets, elle peine parfois à retrouver sa superbe. On pourrait aussi reprocher à l'album sa longueur, avec des titres assez dispensables à l'instar de "Recognizant". Il reste également encore certaines mimiques qui me gênaient sur les derniers opus, comme des transitions un peu abruptes, des passages qui semblent démarrer mais en fait non c'était une blague, quelques petites taquineries par ci par là de la part des Norvégiens, pas de quoi bouder l'album pour autant.

En résumé, cet album m'a hautement convaincu, un vrai retour en force comparé aux deux précédents disques qui se disputaient pour savoir lequel allait essouffler le plus la carrière du groupe. Cet opus n'innove en rien, mais offre une réelle synthèse de ce qu'a pu faire le groupe, de Stormblåst à Eonian, exécuté avec la précision chirurgicale habituelle du groupe.





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