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CHRONIQUE PAR ...

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Oriza
Cette chronique a été mise en ligne le 16 février 2022
Sa note : 15/20

LINE UP

-Tomi Joutsen
(chant)

-Esa Holopainen
(guitare lead)

-Tomi Koivusaari
(guitare rythmique)

-Santeri Kyösti Kallio
(claviers)

-Jan Rechberger
(claviers+batterie)

-Olli-Pekka Laine
(basse)

Ont participé à l'enregistrement :

-Noa Gruman
(chant)

-Petronella Nettermalm
(chant sur "My Name Is Night")

-Erik Mjörnell
(guitare sur "My Name Is Night")

-Francesco Ferrini
(claviers+programmation)

-Jesse Bartholomew Zuretti
(claviers+programmation)

-Oskari Auramo
(percussions)

TRACKLIST

1) Northwards
2) On The Dark Waters
3) The Moon
4) Windmane
5) A New Land
6) When The Gods Came
7) Seven Roads Come Together
8) War
9) Halo
10) The Wolf
11) My Name Is Night

DISCOGRAPHIE


Amorphis - Halo



(For English version, scroll down)

Amorphis, en bardes aguerris, nous invitent une fois de plus à écouter les contes ancestraux et chanter avec eux. Que le pain de seigle et la bière à l'orge soient servis en quantité, mais que même dans la pénurie les orateurs puissent livrer leurs histoires pour égayer la soirée, pour glorifier la journée, pour amuser la nuitée et pour saluer la matinée. Sans relâche, toujours captivants, les musiciens d'Amorphis poursuivent depuis trente ans leur acte de transmission, guidés par le Kalevala et les mythes fondateurs finnois. Halo est la conclusion d'une trilogie entamée avec Under The Red Cloud et Queen Of Time. Pourquoi ces trois albums sont-ils présentés comme triptyque par le groupe ? Pas en raison des sujets abordés puisque les légendes et le Kalevala sont à la source de toute l'œuvre d'Amorphis. Pas en raison du son ni des compositions puisque la discographie du groupe est d'une cohérence absolue avec une évolution fluide et une implacable logique formant une entité homogène tout au long de la carrière d'Amorphis. Alors quel est le véritable lien entre ces trois albums ?

L'ossature de Halo est construite sur un schéma assez scolaire et codifié. Chaque titre dure entre cinq et six minutes. La structure est presque constante : intro, couplet, refrain, couplet, refrain, break, couplet, refrain. La musculature, ce sont les deux guitares parfaitement complémentaires, avec des sonorités distinctes et ciselées, chacune campée dans son rôle : rythmiques percutantes et puissantes versus lead riche en arpèges et mélodies entêtantes. Le mixage de Halo met particulièrement l'accent sur les guitares. Orchestrations et chœurs sont utilisés avec parcimonie. Le clavier est un peu plus en retrait. Et pourtant, le travail énorme et qualitatif de Santeri Kallio constitue la chair et l'identité même d'Amorphis avec sa palette de sons immédiatement reconnaissable. Tomi Joutsen, éminemment charismatique et dynamique incarne l'âme, le sens des mots. Il maîtrise le dosage parfait entre growl et chant clair. Le résultat nous semble couler de source, preuve que l'homme connaît son sujet. Outre sa voix magnifique, Tomi Joutsen apporte les lignes de chant parfaites. La touche finale, loin d'être accessoire, est apportée par la production de Jens Bogren, venant parfaire cette identité amorphesque. C'est ce mixage qui cimente l'ensemble, qui le tient, c'est la peau. Jens Bogren est un acteur essentiel du groupe. Il distille ses petits secrets et ses surprises, comme les lignes de chœurs ou le chant somptueux de Noa Gruman, savamment saupoudrés. Pour parachever l'ouvrage, il faut le présenter dans un habit à sa mesure. L'artwork de Halo a été réalisé par Jean-Emmanuel Simoulin (aka Valnoir) ce qui constitue encore un lien entre les trois albums. Un travail très sobre, élégant, tout en finesse et vibrant.
Les amoureux d'Amorphis trouveront satisfaction dans des titres classiques tels que "Northwards", "On The Dark Waters" ou "Halo". On retrouve avec plaisir la griffe du groupe, notamment à travers les incontournables passages aux sonorités orientales. Dans cette lignée classique, se situe "Moon", poème musical comme les affectionnent Amorphis et dont ils maîtrisent la création. On y trouve de belles hachures rythmiques, sèches et des refrains accrocheurs. "Moon" est sublimée par un clip de grande classe à la photo somptueuse. En marge de cette partie classique de l'album se trouvent quatre morceaux qui apportent la nouveauté. "Windmane" qui offre un joli travail sur les rythmes avec ses contre-temps, ses syncopes, ses assonances, son ambiance particulière entre indo-tribale et psychédélique. "A New Land" qui propose des guitares délectables aux timbres sublimes et aux mélopées imparables. Des effluves de Paradise Lost planent sur ce titre qui sort du lot par sa structure, constituant l'une des bonnes surprises de l'album. "War" qui déploie un style plus organique et subtil, moins grandiloquent et avec plus de feeling. Les chœurs, judicieusement placés et très ponctuels, exhalent ainsi toute leur puissance. C'est sur ce titre que les instruments rythmiques occupent la plus belle place. La basse est éloquente et la batterie déploie des harmoniques colorés. "The Wolf" qui présente des accents black-death et oscille entre noirceur percutante et refrains lumineux pour s'achever dans un final metal-progressif.
L'œuvre fixée sur CD possède un son excellent. Mais l'art du conte, c'est avant tout la tradition orale. Un art fait pour la performance réelle, avec ses variations subtiles en fonction des lieux, avec ses aléas, ses interactions avec l'auditoire... Or, les scaldes d'Amorphis excellent dans ce rôle de transmission et de partage. Sur scène, leur musique prend une tout autre dimension. La joie, l'énergie, une véritable technicité, Amorphis est un groupe de scène ! Espérons que Halo pourra offrir tout ce qu'il a à donner dans le cadre de concerts. Mais alors, après toute cette analyse, qu'est-ce qui fait de ces trois derniers album un triptyque ? C'est peut-être bien "My Name Is Night", conclusion de l'album, qui nous donne la clé concernant cette appellation "trilogie"... Ballade à part dans l'album, composée par Tomi Koivusaari, elle termine le récit sur une connotation plus lyrique. Le duo de voix (Tomi Joutsen / Petronella Nettermalm) est le héros à deux corps de l'histoire. Duo féminin et masculin, dans lequel chacun, alternativement, conte son histoire de guerrier sans distinction de genre. Serait-ce là le dénouement parfait ? Le chevalier invincible ne serait pas le roi de Under The Red Cloud, ni la reine de Queen Of Time, mais bel et bien le Halo de la complémentarité, l'union qui fait la force, la richesse de l'ambivalence, l'équilibre entre ombre et lumière ?

Oui il y a bien une véritable continuité dans cette trilogie puisqu'on retrouve avec joie l'essence d'Amorphis. D'abord au niveau des sonorités. Même si le mixage est différent, mettant un peu plus l'accent sur les guitares notamment, les timbres des instruments demeurent identiques. Ensuite, bien sûr, au niveau des compositions en elles-mêmes. On reconnaît immanquablement le style unique du groupe, ses riffs typiques, ses mélodies caractéristiques au synthé, ses comptines, ses structures, au point d'avoir parfois l'impression de se trouver face à une évolution ou un remaniement d'anciens titres. Il y a parfois un remugle de réchauffé. Mais attention, malgré l'utilisation d'ingrédients similaires, les plats élaborés ont pourtant un goût nouveau et un parfum de surprise ! Quand on aime un groupe on a envie de le retrouver avec une dose d'innovation qui ne dénature pas sa substance. C'est ce qu'Amorphis parvient à doser de mains de maîtres avec Halo. Générant énormément d'émotion lors des premières écoutes, reste à savoir comment cette œuvre subira l'épreuve du temps et des écoutes répétées.



Amorphis, as trained bards, invite us once again to listen to the ancestral tales and sing along. May rye bread and barley beer be served in quantity, but even in scarcity the speakers may deliver their stories to the pleasure of the evening, for the beauty of the day-down, for the pleasure of the morning, the begining of the new day. For thirty years, the musicians of Amorphis have continued their act of transmission, guided by the Kalevala and the Finnish founding myths. Halo is the conclusion of a trilogy that began with Under The Red Cloud and Queen Of Time. Why are these three albums presented as a triptych by the band? Not because of the subjects they deal with, since legends and the Kalevala are at the source of all Amorphis' work. Not because of the sound nor the compositions since the discography of the band is of an absolute coherence with a fluid evolution and an implacable logic forming a homogeneous entity throughout the career of Amorphis. So what is the real link between these three albums?

The skeleton of Halo is built on a rather scholastic and codified scheme. Each track lasts between 5 and 6 minutes. The structure is almost constant: intro, verse, chorus, verse, chorus, break, verse, chorus. The muscles are the two perfectly complementary guitars, with distinct and sophisticated sounds, each one in its own role: punching and powerful rhythms versus lead rich in arpeggios and haunting melodies. The mix of Halo brings the guitars to the forefront. Orchestrations and choruses are used with parsimony. The keyboard is a little more in the background. And yet, the enormous and qualitative work of Santeri Kallio constitutes the flesh and the very identity of Amorphis with its immediately recognizable palette of sounds. Tomi Joutsen, eminently charismatic and dynamic, embodies the soul, the meaning of the words. He masters the perfect balance between growl and clear vocals. The result appears to us to be natural, proof that the man knows his subject. Besides his wonderful voice, Tomi Joutsen creates the perfect vocal lines. The final touch, far from being accessory, is brought by the production of Jens Bogren, coming to fine-tune this Amorphesque identity. It is this mix that cements the whole, that holds it together, that is the skin. Jens Bogren is an essential part of the band. He distils his little secrets and surprises, like the chorus lines or the sumptuous singing of Noa Gruman, skilfully sprinkled. To complete the work it is necessary to present it in a garment made to measure. The artwork of Halo was realized by Jean-Emmanuel Simoulin (aka Valnoir) what constitutes again a link between the three albums. A very sober, elegant, fine and vibrant work.

Amorphis' fans will find satisfaction in classic tracks such as "Northwards", "On The Dark Waters" or "Halo". One finds with pleasure the signature of the band, for example through the unavoidable parts with oriental sonorities. In this classic line, "Moon" is a musical poem as Amorphis like them and they master the creation. There are beautiful rhythmic hatchings, dry and catchy refrains. "Moon" is sublimated by a clip of great style with a gorgeous photo. In margin of this classic part of the album are four tracks that bring the newness. "Windmane" which offers a nice work on the rhythms with its counter-beats, its syncopes, its assonances, its particular atmosphere between indo-tribal and psychedelic. "A New Land" which offers delectable guitars with sublime tones and imparable melodies. Fragrances of Paradise Lost float over this track which stands out from the rest by its structure, constituting one of the good surprises of the album. "War" deploys a more organic and subtle style, less grandiloquent and with more feeling. It is on this track that the rhythmic instruments occupy the most beautiful place. The bass is eloquent and the drums deploy colorful harmonics. The choirs, judiciously placed and very punctual, exude all their power. "The Wolf" which presents black-death accents and oscillates between percussive darkness and luminous refrains to end in a metal-progressive final.

The work pressed onto CD has an excellent sound. But the art of storytelling is above all the oral tradition. An art made for real performance, with its subtle variations according to locations, with its hazards, its interactions with the audience... The scaldes of Amorphis excel in this role of transmission and sharing. On stage, their music takes on a whole new dimension. Joy, energy, a real technique, Amorphis is a stage band! Let's hope that Halo will be able to offer everything it has to give in future gigs. But then, after all this analysis, what makes these last three albums a triangle? It is perhaps "My Name Is Night", conclusion of the album, which gives us the key concerning this appellation "trilogy"... A ballad apart in the album, composed by Tomi Koivusaari, which ends the story on a more lyrical connotation. The duet of voices (Tomi Joutsen / Petronella Nettermalm) is the two-body hero of the story. Female and male duet, in which each one, alternately, tells his warrior story without distinction of gender. Could this be the perfect conclusion? The invincible knight would not be the king of Under The Red Cloud, nor the queen of Queen Of Time, but well and truly the Halo of complementarity, the union that makes the strength, the richness of the ambivalence, the balance between shadow and light?

Yes, there is a real continuity in this trilogy since we can happily recognize the essence of Amorphis. First of all in the sounds. Even if the mix is different, putting a little more focus on guitars in particular, the colors of the instruments remain identical. Then, of course, concerning the compositions in themselves. One recognizes inevitably the unique style of the band, its typical riffs, its characteristic synth melodies, its rhymes, its structures, so you sometimes have the sensation to listen to an adaptation or a rewriting of old titles. But be careful, despite the use of similar ingredients, the elaborated dishes have nevertheless a new taste and a flavour of surprise! When you like a band, you want to meet them up again with a touch of innovation that doesn't alter their substance. This is what Amorphis manages to do with Halo. After generating a lot of emotion during the first listenings, let's wait and see how this work stands the test of time and repeated listenings.


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