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CHRONIQUE PAR ...

100
Merci foule fête
Cette chronique a été mise en ligne le 17 août 2026
Sa note : 17/20

LINE UP

-Ian Fraser "Lemmy" Kilmister
(chant+basse)

-Philip Anthony "Wizzö" Campbell
(guitare)

-Michael Richard "Würzel" Burston
(guitare)

-Philip John "Philthy Animal" Taylor
(batterie)

A participé à l’enregistrement :

-James Hoskins
(violoncelle sur "1916")

TRACKLIST

1) The One to Sing the Blues
2) I'm So Bad (Baby I Don't Care)
3) No Voices in the Sky
4) Going to Brazil
5) Nightmare - The Dreamtime
6) Love Me Forever
7) Angel City
8) Make My Day
9) Ramones
10) Shut You Down
11) 1916

DISCOGRAPHIE


Motörhead - 1916
(1991) - hard rock - Label : Epic Records WTG Records



Les années quatre-vingt ne se sont pas passées aussi bien que prévu pour Motörhead. La montée en puissance du début de la décennie a été contrariée par des batailles d’ego et une valse du personnel qui ont fini par déteindre sur la qualité des enregistrements. 1990, Lemmy part se changer les idées à Hollywood. Nouveau lieu, nouveau départ ? Du moins est-ce l’idée.

Nouveau style ? L’information serait de taille. Les choses semblent tranchées dès le départ. "The One to Sing the Blues" déboule tout riff dehors, vrombissement dynamique d’une déclaration sans équivoque : les gars ne sont pas venus sur la Côte Ouest pour faire du patin à roulettes. Lemmy grogne, s’arrache, semble motivé comme dix ans auparavant. Un solo nerveux, un refrain entraînant : l’entrée en matière est fracassante. Il faut dire que les Anglais se sont carrément dégotté deux producteurs - le premier ayant été viré pour prise d'initiative non validée. Le second, claviériste originel chez Whitesnake, a produit le tube "What I Like About You" de The Romantics, Oingo Boingo, Peter Frampton et John Parr. L’artiste le plus violent avec lequel le dénommé Peter Solley a travaillé étant Ted Nugent, on guette l’entourloupe. Rien de déviant néanmoins avec "I 'm So Bad (Baby I Don't Care)" et "No Voices in the Sky", fougueuses saillies dans la continuité du titre d’ouverture. Ouvragé avec soin, le refrain de la seconde nommée annonce la rude euphorie de "Going to Brazil", un rock n’ roll à la Chuck Berry recyclé en mode Motörhead, toutes manettes à droite. Le piano obstiné de "Rock it" est de retour, un solo tendu clôt les ébats.
Dans la même veine festive, bardé de cuivres, "Angel City" se révèle moins convaincant, un peu trop bavard. Les guitaristes Würzel et Phil Campbell se montrent toutefois inspirés, et expressifs, notamment sur "Make My Day" - riff en vive réminiscence du "Hellbound" de Tygers of Pan Tang. Sur "Shut You Down" en revanche, les gâchettes prouvent qu’elles savent jouer à l’économie, pour un résultat sans fioritures 100 % Motörhead 80's. Et puis il y a les trucs étranges. Les digressions mélodieuses d’Another Perfect Day qui avaient irrité les fans font figure de peccadilles à côté du vénéneux "Nightmare - The Dreamtime", amalgamant synthés de films fantastiques, phrases passées à l’envers sur scansion obstinée et solos tout en notes tenues à la Mike Oldfield. Dans le genre lent et sinueux, le quatuor pousse le bouchon encore plus loin que sur "Just 'Cos You Got the Power" gravé quatre ans plus tôt.
Il innove carrément avec ce que personne n’aurait imaginé un jour de la part de Motörhead : une ballade. À trois temps, nappée d'arpèges mélancoliques et de claviers pour la déco. L’ours se fait rossignol et donne dans la mélancolie. Et bien, la mue est presque réussie. Au pré refrain furieux succèdent des lignes de chant tendrement infectées. Ça sent la recette et pourtant, la rengaine est digne. Un des deux solos façon guitar hero est sans doute de trop, mais les six-cordistes font amende honorable en accompagnant avec toute la sobriété requise l’hommage que Lemmy rend aux Ramones pendant quatre-vingt-six secondes de perfection punk. Le recueil s’achève par une autre ballade, qui lui donne son nom. Lemmy chante les tourments d’un soldat de la Première Guerre Mondiale sur fond d’orgue, un peu à la manière des Zombies sur "Butcher’s Tale (Western Front 1914)". Plus sobre que sur la référence des sixties, rehaussé d’une batterie martiale et d’un violoncelle flirtant avec l’emphase, le meneur dévoile une part de sensibilité inédite en studio. Une courte modulation rompt la litanie et clôt la réalisation.


Le mot surprise n’est sans doute pas le premier qui vient à l’esprit quand il est question de Motörhead. Avec 1916, la troupe britannique étonne doublement : par la qualité des compositions, peut-être l’ensemble le plus homogène à ce niveau de la part du groupe ; mais aussi par la diversité des répertoires abordés, à l’échelle de la formation. Ballades (au pluriel), fanfare funky, virée psychédélique, punk tranchant et, évidemment, du rock, aussi toxique que généreux, lourd et offensif. Lemmy et sa bande délivrent une œuvre singulière, qui pourrait orienter la suite de leur carrière. Si seulement le succès était au rendez-vous.



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