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CHRONIQUE PAR ...

21
Wineyard
Cette chronique a été mise en ligne le 25 avril 2023
Sa note : 19/20

LINE UP

-Marcel "Marsél" Dreckmann
(chant+Narration)

-Stefán Drechsler
(chant+guitare+basse)

-Árni Bergur Zoëga
(chant+alto+violoncelle+percussions)

TRACKLIST

1) Ek býð þik velkominn
2) Bróðir, var þat þín hǫnd
3) Sem járnklær nætr dragask nærri
4) Gamalt ríki faðmar þá grænu ok svǫrtu hringi lífs ok aldrslita
5) Um nætr reika skepnr
6) Heiftum skal mána kveðja
7) Er hin gullna stjarna skýjar slóðar rennr rauð
8) Um nóttu, mér dreymir þursa þjóðar sjǫt brennandi
9) Ek sá halr at Hóars veðri hǫsvan serk Hrísgrísnis bar

DISCOGRAPHIE


Arstidir Lifsins - Saga á Tveim Tungum II: Eigi Fjoll né Firðir
(2020) - black metal pagan fantastique - Label : Van Records



Parfois, on se dit qu’un groupe a tout - absolument tout - pour plaire et il y a toujours une raison obscure qui fait que la rencontre ne se passe pas comme prévu. On écoute un titre et on se dit que c’est franchement, vraiment bien, puis on va sur l’album et on se dit presque la même chose, pourtant on n’y revient pas, la faute à l’étincelle. Elle est capricieuse, cette étincelle. Une vraie garce, volatile, insondable, imprévisible ; elle se repose, s’envole et parfois on ne parvient pas à l’apprivoiser. Puis on l’oublie, on évolue et on ne revient jamais. Et parfois, il faut croire au destin et on finit par revenir à un oubli, grâce à un commentaire anodin, une suggestion improbable, un élan vers l’étincelle qui ne s’est pas éteinte entretemps. Et on prend une magnifique grosse claque. Une gifle de celles dont on sort réveillé et soudain étonnamment lucide, une gifle introspective dont on se demande encore comment on a pu passer au travers. À moins d’être un boulet. Je suis un boulet.

Après, ils ne m’ont pas aidé avec un début en deux titres purement narrés sur un fond de guitare acoustique/alto/violoncelle. J’ai dû y craindre une absence totale de black, échaudé que je fus par Hugsjá. Sauf que dans le cas présent de l’alignement de mes planètes personnelles, non seulement j’ai grandement apprécié ces deux premiers morceaux à l’atmosphère délicieusement pagan non-metal, mais j’ai aussi été envoûté par "Sem Járnklær Nætr Dragask Nærri", alternance de passages purement pagan black, d’incantations et riffs en tout genre. C’était donc cela la recette cachée du rite de passage de mes oreilles, le fameux mythe du rasoir à trois lames : la première prépare la barbe, la seconde commence la découpe à la hache, la dernière met le coup de marteau pour que cela ne repousse pas. Et c’est collé au siège avec le casque tellement bien vissé sur la tête qu’il n’en bougea plus jusqu’à la dernière note que j’ai littéralement dévoré cet album. Plusieurs fois de suite pour comprendre si c’était réel.
Mais qui est Árstíðir Lífsins, ou plus précisément, qu’est-ce que Árstíðir Lífsins ? Il serait réaliste de penser que la genèse du groupe fut plutôt complexe. Ou peut-être fût-ce une évidence en réalité, bien que deux Allemands, dont le chanteur, avec un Islandais dans un groupe de folk qui chante en islandais, cela semblait peu probable. Marsél, le bien nommé chanteur, n’est autre que Marcel Dreckmann, frontman et âme noire de Helrunar, groupe qui m’a également prodigué tellement de bonheur. Un des plus beaux growls dans mon panthéon de l’organe black metal selon un avis éclairé auquel j’ai souvent tendance à me ranger : le mien. Avis bien entendu totalement subjectif, mais probablement pas si loin de la vérité. Il distille ici ce même growl auquel il ajoute des parties de narration habitées de sa voix (vraiment très) grave, chaude et quasi mystique. Árni l’Islandais et Stefán l’Allemand en second sont aussi des musiciens de session de Helrunar, ce qui explique peut-être leur alliance et le statut « international » du groupe.
Mais il n’y a pas que Helrunar dans le background de Árstíðir Lífsins. Il y a aussi Wöljager, groupe folk du Münsterland (autour de Münster, en Rhénanie du nord, à la frontière batave), pas metal du tout, qui vise à rendre ses lettres de noblesse au dialecte de l’endroit qui a été dévoyé au fil du temps. Marsél y narre parfois de vieux hymnes locaux, dans une atmosphère tantôt pesante, froide et humide, tantôt austère ou chaleureuse (bien sûr que j’ai écouté). Je comprends parfaitement alors les passages en narration islandaise qui émaillent du début à la fin Saga á Tveim Tungum II: Eigi Fjǫll né Firðir. Des moments sublimés par l’alto et/ou le violoncelle et la voix fatiguée, lasse et murmurante ou soupirante de Marsél. Il est magique dans ces moments où il râle littéralement, jouant l’agonie ou l’ascension avec une dextérité naturelle ébouriffante. Les deux premiers titres folks narrés passent étonnamment sans question ni encombre grâce à son timbre et la tristesse musicale.
Je réalise que je n’en dis pas assez sur le style qui puisse aider un amateur éventuel. Le parallèle avec le superbe Skuggsjá d’Ivar Bjørnson et Einar Selvik est plutôt immédiat quand on s’attarde sur les saillies folks de l’album à la beauté dépouillée. Lorsque l’on s’attaque aux titres plus typés black metal, il est plus difficile de ramener une influence, même si Helrunar est une évidence, et probablement la seule vraie certitude. Moonsorrow est dans un esprit probablement similaire sur les interludes folks, mais pas tellement sur le style musical. Árstíðir Lífsins est plus incantatoire et moins doom. "Er hin gullna stjarna skýjar slóðar rennr rauð" sort du lot par un majestueux riff magnifiquement intégré, et "Ek sá halr at Hóars veðri hǫsvan serk Hrísgrísnis bar", titre final de dix-sept minutes et des brouettes, arbore un passage stratosphérique à partir des 9’ avec tout ce que j’aime : atmosphère, voix ultra grave, mélodie, break folk à se damner… J’ai rarement eu une érection musicale aussi poussée. Même mon amour "Vikingland" du mythique The Shadowthrone ne m’a pas fait cet effet-là.

Quel voyage j’effectue depuis mon entrée dans cet album : je suis parfois autour d’un feu dans une forêt enneigée, au bord d’une cheminée dans un vieux château lugubre, funeste et glacé, dans un enterrement viking incandescent ou encore à contempler une plaine islandaise renaissante après une coulée de lave. Et j’ai à la fois envie de me battre et des larmes plein les yeux. Je suis subjugué en vérité, et je ne m’étais pas donné les moyens de l’être avant ce jour. Je vais tenter de remonter le temps vers les précédents albums, maintenant que je suis dans la place. J’ai acheté le CD pour l’anecdote, et j’ai reçu le LP. Alors j’ai redemandé le CD que j’ai fini par avoir cette fois. Et cet album est tellement fort que j’ai offert ce LP en écoutant mon cœur pour propager cet éveil émerveillé à Árstíðir Lífsins. Putain de claque…





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