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CHRONIQUE PAR ...

100
Merci foule fête
Cette chronique a été mise en ligne le 28 août 2026
Sa note : 16/20

LINE UP

-Klaus Willi Meine
(chant)

-Ulrich "Uli Jon" Roth
(chant sur "Polar Nights", "Fly to the Rainbow" et "Dark Lady"+guitare)

-Heinrich Rudolf Schenker
(guitare)

-Francis Buchholz
(basse)

-Hermann Josef "Herman Rarebell" Erbel
(batterie)

TRACKLIST

Face 1 :

1) All Night Long
2) Pictured Life
3) Backstage Queen
4) Polar Nights
5) In Trance

Face 2 :

1) We'll Burn the Sky
2) Suspender Love
3) In Search of the Peace of Mind
4) Fly to the Rainbow

Face 3 :

1) He's a Woman, She's a Man
2) Speedy's Coming
3) Top of the Bill
4) Hound Dog (Willie Mae "Big Mama" Thornton cover)
5) Long Tall Sally (Little Richard cover)

Face 4 :

1) Steamrock Fever
2) Dark Lady
3) 荒城の月 (Kōjō no Tsuki) (Rentarō Taki cover)
4) Robot Man

DISCOGRAPHIE


Scorpions - Tokyo Tapes (live)
(1978) - hard rock - Label : RCA



Lorsque les Tokyo Tapes paraissent à l’été 1978, Uli Jon Roth, guitariste et force créatrice de Scorpions, a quitté la formation allemande. Cette dernière s’apprête à enregistrer avec son successeur une suite à Taken by Force, cinquième album studio qu’une grande partie des suiveurs considèrent comme l’œuvre la plus aboutie des Arthropodes. La sortie du live relève donc d’un opportunisme de bon aloi, tout en offrant un témoignage saisissant de la première tournée au Japon effectuée par le groupe.

Le modèle revendiqué ? Rien de moins que l’iconique Made in Japan de Deep Purple. Le double LP des Britanniques a marqué les esprits, mais la section de Hanovre n’est pas allée jusqu’à en reproduire les excès – l’incontournable solo de batterie, insérée dans "Top of the Bill", dure moins de trois minutes, Herman Rarebell en soit remercié (ou le tout aussi incontournable Dieter Dierks, qui a peut-être raccourci la démonstration dans son studio de Cologne). Pourtant, Uli Jon Roth est plutôt du genre bavard. N’hésitant pas à s’accorder du temps d’exposition supplémentaire, il allonge le solo d’anthologie de "We'll Burn the Sky", muscle "Fly to the Rainbow" débarrassé de ses afféteries rock prog et ajoute un solo inspiré au début de "Polar Nights". Sur les deux dernières occurrences, le chant du moustachu se révèle encore plus terne qu’en studio - aucun coffre, une tierce de tessiture, des inflexions chafouines évoquant un hobbit que l’on aurait tiré de sa sieste. Si ses lignes vocales tombent à plat, par contre, guitaristiquement, c’est la régalade. Au-dessus de la mêlée techniquement, le six-cordiste doit renoncer à jouer le riff affolant de "Sails Of Charon", temps fort de Taken by Force, les autres n’arrivant pas à suivre.
Pour compenser, il livre d’entrée avec ses comparses un inédit crépitant, "All Night Long", sa dernière composition avec Scorpions. L’enchaînement "Pictured Life" - "Backstage Queen" issu de Virgin Killer est envoyé dans un esprit similaire tout en permettant de se rendre compte que les nasillements de Klaus Meine sont plus saillants que sur les versions studio (son « dark meditayschooooon » sur "Pictured Life" est assez redoutable). Cependant le frontman injecte une dose d’énergie qui vivifie la plupart des morceaux, dont "Suspender Love", face B décontractée du single "He's a Woman, She's a Man", lui-même heavy et féroce, au point sur cette réalisation de faire penser à Judas Priest. "Steamrock Fever" est exécuté dans la même veine agressive et s’achève sur l’un des rares screams de Meine. L'ex-Copernicus s’époumone comme jamais sur "Dark Lady", mettant à l’amende le gars Ulrich avec qui il partage le micro. Une fois encore, le Jimi Hendrix saxon se rattrape sur ses flamboyantes parties de guitare. Il se montre un chouïa plus discret sur la ballade "In Trance" que le vrai chanteur de la bande prolonge avec la complicité de l’auditoire, fait rugir sa strat en amorce de "Speedy's Coming" et densifie gentiment le calme "In Search of the Peace of Mind", unique extrait de Lonesome Crow, le premier long format sous influence psychédélique.
En revanche, il profite de la reprise de deux standards, "Hound Dog" (« Big Mama » Thornton, Elvis Presley) et "Long Tall Sally" (Little Richard, The Beatles), joués à fond de train, pour insérer des solos – ça ne « rolle » pas des masses, toutefois la diversion est amusante. La cover de "Kōjō no Tsuki", un air du début du (XXème) siècle que les écoliers nippons connaissent par cœur, fait partie des instants forts de la captation, le public reprenant les paroles initiées par Klaus Meine qui fait l’effort de s’adresser régulièrement en japonais auprès de l’assistance. Celle-ci répond avec un enthousiasme manifeste à ses sollicitations et se fait entendre dès que l’occasion se présente, notamment sur le faux final constitué par "Robot Man", remanié, plus lourd et gonflé d’un solo supplémentaire. Faute de place, l’enregistrement s’arrête là - pas d’hymne national japonais ni de "Hell-Cat" qui clôturaient les représentations au Nakano Sun Plaza de Tokyo les 24 et 27 avril 1978.


Plus qu’un florilège entrecoupé de bruits de foule, Tokyo Tapes est la manifestation d’un collectif en maîtrise, ayant atteint le premier sommet de sa déjà longue carrière. Chevauchées héroïques, ballades cosmiques, puissantes rengaines : l’étendue du savoir-faire des Scorp’ est mise en valeur par la relecture robuste d’un répertoire néanmoins respecté. Le départ d’Uli Jon Roth, le principal architecte de l’édifice protéiforme, contraint la troupe à clore un chapitre de son histoire. Les Tokyo Tapes en sont le brillant épilogue.



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