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CHRONIQUE PAR ...

100
Merci foule fête
Cette chronique a été mise en ligne le 01 juin 2022
Sa note : 14/20

LINE UP

-Dennis “Snake” Belanger
(chant)

-Daniel “Chewy” Mongrain
(guitare)

-Dominic “Rocky” Laroche
(basse)

-Michel “Away” Langevin
(batterie)

TRACKLIST

1) Paranormalium
2) Synchro Anarchy
3) Planet Eaters
4) Mind Clock
5) Sleeves Off
6) Holographic Thinking
7) The World Today
8) Quest for Nothing
9) Memory Failure

DISCOGRAPHIE

War and Pain (1984)
Rrroooaaarrr (1986)
Killing Technology (1987)
Dimension Hatröss (1988)
Nothingface (1989)
Angel Rat (1991)
Angel Rat (2) (1991)
The Outer Limits (1993)
Negatron (1995)
Phobos (1997)
Voivod (2003)
Katorz (2006)
Infini (2009)
Target Earth (2013)
The Wake (2018)
Synchro Anarchy (2022)

Voivod - Synchro Anarchy
(2022) - thrash metal - Label : Century Media



Solide réalisation de metal sombre et cérébral, The Wake avait rassuré sur les aptitudes créatives de Voivod après une période d'incertitude. La machine (no) futuriste avait repris sa marche en avant et on attendait de ses nouvelles avec un intérêt renforcé, d'autant que les concerts donnaient à voir un groupe très pro dont les membres paraissaient bien s'amuser sur les planches. Mais à l'instar de nombreuses autres formations, tout ne s'est pas passé tout à fait comme prévu au cours de ces deux dernières années pour Voivod.

Restreints dans leurs déplacements et contraints par un délai d'enregistrement très court, les compatriotes de Jeff Waters ont composé et mis en boîte leur 15ème LP en quatre mois contre trois ans pour The Wake. Cette situation d'urgence qui a mené Daniel “Chewy” Mongrain, guitariste et compositeur principal, au bord du burn out, ne se ressent pas forcément sur le successeur de The Wake - tout juste peut-on relever l'absence quasi-générale de ces conclusions délayées qui diminuaient l'impact du précédent long-jeu. Les compositions de Synchro Anarchy sont donc plus ramassées mais l'inspiration est identique. Au menu, riffs tarabiscotés, rythmes syncopés voire carrément irréguliers comme sur la chanson-titre, cassures dans la continuité et solos parfois à la limite de la dissonance. Le tempo, majoritairement élevé sans donner dans le supersonique, varie peu, rappelant la cohérence de l'impressionnant Phobos. Comme ce dernier, le sentiment d'uniformité n'est pas loin, malgré les quelques variations bienvenues qui émergent ici et là – celle de "Paranormalium" n'est pas sans rappeler "Brain Scan" de Dimension Hatröss, plus que jamais album de référence, tandis que celle de "Holographic Thinking" évoque "Tribal Convictions", du même opus. Le chant désabusé mais encore rageur de Snake est immédiatement identifiable et plutôt bien mis en valeur, ses inflexions nasillardes permettant au recueil d'échapper complètement à l'ambiance désincarnée que le quartet instaure sur Synchro Anarchy.
Rien de surprenant de la part de Voivod, qui montre là ses capacités mais aussi ses limites actuelles. Car Chewy se montre si habile à s'approprier les codes du pionner thrash québécois qu'il en est presque trop respectueux, au point que les morceaux en deviennent prévisibles, tout du moins dans leur progression et le type d'accords utilisés. Par ailleurs, les appétences jazz de l'agile guitariste, qui enseigne cette noble matière, déteignent sur certaines occurrences telles que "Mind Clock", succession de séquences sans réel fil conducteur donnant l'impression que l'ambiance a été privilégiée au détriment de l'impact. Cet esprit jazzy, incarné par le son assez lisse de la guitare, diffuse une vibration particulière mais tend également à désamorcer les idées saillantes, à l'image de "Sleeves Off", initié par un motif direct et facilement mémorisable, avant que la six-cordes ne se mette à tricoter de manière un peu trop ostensible et qu'une variation assez convenue fasse baisser la tension. Away cravache sa batterie avant le retour du thème principal puis du refrain qui tourne en boucle, donnant le sentiment que les gars ne savent pas trop comment arrêter la piste autrement qu'en stoppant tout de manière abrupte.


En inscrivant Synchro Anarchy dans la droite ligne de son prédécesseur, les quatre compétents musiciens de Voivod montrent leurs dispositions à respecter l'ADN du collectif historique en en recyclant avec habileté les éléments les plus emblématiques. Mais à force de trop coller à l'identité voïvodienne, les Canadiens se montrent paradoxalement peu aventureux, un comble pour cette entité jadis novatrice. En dépit de belles inspirations et d'un son propre – trop, probablement – la troupe de la Belle Province peine à marquer les esprits, flirtant avec l'ennui malgré un enregistrement qui respire le travail sérieux et appliqué. Ceci expliquant cela.



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