18828

CHRONIQUE PAR ...

100
Merci foule fête
Cette chronique a été mise en ligne le 01 juin 2021
Sa note : 12/20

LINE UP

-Paul Bruce Dickinson
(chant)

-David Michael "Dave" Murray
(guitare)

-Adrian Frederick "H" Smith
(guitare)

-Janick Robert Gers
(guitare)

-Stephen Percy "Steve" Harris
(claviers+basse)

-Michael Henry "Nicko" McBrain
(batterie)

TRACKLIST

1) Senjutsu
2) Stratego
3) The Writing on the Wall
4) Lost in a Lost World
5) Days of Future Past
6) The Time Machine
7) Darkest Hour
8) Death of the Celts
9) The Parchment
10) Hell on Earth

DISCOGRAPHIE


Iron Maiden - Senjutsu
(2021) - heavy metal - Label : Parlophone



-Vous êtes sûre qu'on n'a pas fait une bêtise en la laissant partir là-bas ?
-C'était son choix. Elle avait ça dans le crâne depuis le début. Et quand Eve a quelque chose en tête...
-Je vois. Mais vous ne m'avez pas répondu. Que pensez-vous de cette opération d'infiltration ?
-Si je vous dis que c'est de la folie, vous allez ordonner à vos sbires de donner l’assaut dans la seconde qui suit, n'est-ce pas ?
-Répondez-moi, Jarta.
-Bien sûr que vu de l'extérieur, ça peut paraître dingue. Mais Eve a de l'expérience, elle saura se montrer à la hauteur, j'en suis certaine.
-J'ai regardé son dossier : Deep Purple, Whitesnake, Malmsteen... Elle s'est spécialisée dans les parrains qui radotent, si je comprends bien.
-Pas seulement, Eddie. Elle gère aussi les pas très jeunes qui se répètent en imitant les darons.
-Oui mais là, on a affaire à du gros calibre. En cas de bavure, les nuisances peuvent être considérables.
-Ça fait bientôt trente ans qu'on essaie de coffrer Steve Harris et ses complices. En terme de nuisances, je crois que la limite est dépassée depuis longtemps.


-JartaJarta, tu m'entends ?
-Eve ? Règle ton micro plus fort, on dirait que tu nous appelles depuis le larynx de Jane Birkin.
-Comment ça, « nous » ?
-Le responsable de la Compagnie de Dégommage Sans Sommation est avec moi. C'était un ordre d'en-haut, je n'ai pas eu le choix.
-Tu parles ! Tu t’es encore dégoté un beau gosse à tatouages tribaux, espèce de profiteuse ! Alors que je risque ma peau dans cet endroit infernal ! On réglera ça à mon retour.... Et pour information, mon micro est au max. Mais si je monte le ton, je vais me faire gauler.
-Tu es où, là ? Et ne fais pas ta blague débile habituelle, par pitié.
-Je suis dans la salle de mixage. Comme prétexte, j'ai dit aux hipsters de l’équipe technique que j'avais oublié des sachets de camomille lors de la dernière séance.
-J'ai envie de chanter du Eddy Mitchell.
-Dites-donc vous, vous n'allez pas vous y mettre ? Eve, tu as mis à jour ce fameux trafic de narcoleptiques que tu soupçonnes depuis des années ?
-Je crois que j'ai de quoi faire tomber toute l'organisation, oui.
-Bombardo, vous avez des preuves ?
-Vous êtes qui, vous ?
-Madame Cerumen vous l'a déjà dit. Je veux m'assurer que le niveau de sécurité est suffisamment élevé pour...
Madame Cerumen », ben voyons ! Eh, si vous vous êtes mis à deux pour tester la banquette arrière, tu peux l’appeler par son prénom quand tu t'adresses à moi, Duschmoll, j’ai l’habitude. Bref, je ne traite qu'avec mon agent de liaison, de toute façon.
-Eve, tu as trouvé quoi de concret ? Les pochons de tisane pour fans de Yes, ça ne va pas suffire.
-Je sais. Mais il y a autre chose. J'ai mis la main sur un gros dossier. Un double recueil, divisé en dix chapitres.
-Encore ?
-Il y en avait onze dans le précédent - mais sinon ouais, ils ont remis ça. Celui-ci s'appelle Senjutsu, comme le nom de la première occurrence.
-Il y a quoi dedans ?
-De quoi endormir une salle blindée de cadres sup sous ecstas venus faire la chenille à un concert d'Ultra Vomit.
-À ce point-là ? Tu as trouvé les composants ?
-Sans aucune difficulté : ce sont les mêmes que sur l'album d'avant, que sur l'album d'avant l'album d'avant, ainsi que sur l'album d'avant l'album d'avant l'album d'av...
-Ça va ça va, on a compris. Mais encore ?
-Du riff heavy vaguement héroïque, un chant déclamatoire à l'avenant, une variation convenue, quelques solos pour faire le liant dont un dernier qui rallonge inutilement la sauce. Le tout exécuté à une allure d'une lenteur exaspérante.
-Durée de l'exaction ?
-Trop longue pour ce que ça a à dire. Je ne regrette pas de m'être entraînée si dur pour pouvoir résister à une amorce aussi molle !
-Tous les LP d'Iron Maiden depuis Virtual XI en boucle pendant une semaine… Tu n’avais pas fait les choses à moitié, c'était digne d'un stage de survie dans un camp des forces spéciales !
-Je confirme. Chez nous on passe tous les enregistrements d’AC/DC depuis Flick of the Switch non stop. Seuls les sourds et les sociopathes arrivent à ne pas craquer.

-Et tout est du même acabit ?
-Non. Les mecs sont des malins : pour inciter les consommateurs à prendre leur produit le plus longtemps possible, ils accélèrent le tempo de temps en temps, histoire de leur éviter la catalepsie.
-Développe.
-Le premier contre-feu s'intitule "Stratego" : une basse qui tagadade un peu plus fort, un refrain et des couplets pas plus originaux que les autres mais déroulés avec une intensité suffisante pour avoir l'impression de passer un sympathique moment. Ajoute à cela un solo volubile mais qui reste nerveux, et tu pouvais imaginer que les canailles allaient s’amender.
-Et le deuxième ?
-Le second, en fait. Nom de code "The Time Machine", probablement une référence au titre homonyme de Stray dont le thème principal a tout l’air d’avoir été utilisé comme modèle. Iron Maiden avait déjà repris la chanson "All in your Mind" des pionniers du hard rock britannique. Comme souvent la mise en route est poussive mais la mélodie est assez accrocheuse, Dickinson ne force pas trop son chant pour une fois, ça fait du bien. Et puis, miracle, le morceau s'emballe au lieu de s'affadir, malgré une accalmie à l'occasion du solo. Évidemment, les gredins ne peuvent s'empêcher de calmer le jeu sur la fin façon B.O. de films de gladiateurs, quand au bout de quatre heures de bagarre le héros lance une tirade super émouvante avec un glaive dans le sternum, mais globalement on passe un bon moment.
-Ça sent quand même le réchauffé, cette histoire, non ?
-Ô combien. On ne compte plus les motifs pseudo-celtiques que la formation débite à la chaîne et qui donnent un air de consanguinité à une grande partie des compositions. Sur "Death of the Celts" (spoiler : ils ressuscitent deux titres plus loin), on a droit à une espèce de gigue – Gary Moore faisait déjà ça sur Wild Frontier il y a trente-cinq ans, mais Harris et ses comparses ne sont pas à un emprunt près.
-Pourtant ils ont une recette bien à eux, on ne peut pas leur enlever ça !

-D'accord là-dessus. Ceux qui sont accros au bon vieux schéma de l'exposition apaisée précédant un énervement soudain, que le groupe ressert ad nauseam depuis Fear of the Dark, vont être aux anges - les Britishs font le coup sur presque toutes les pistes. Ainsi "Lost in a Lost World" évoque une version étirée de "Afraid to Shoot Strangers", "Darkest Hour" s'apparente à un "Wasted Love" mollasson – les solos sont bons, néanmoins. Et le final "Hell on Earth" fait songer sans surprise à "Fear of the Dark", mais sans la tchatche de Dickinson sur l'intro, comme si Harris voulait rappeler à son porte-flingue que ce sera toujours lui le boss du gang. Le problème est que par rapport à leurs modèles, les ersatz sont délayés comme s'il fallait absolument faire du remplissage.
-Peut-être que McBrain a besoin de plus en plus de temps pour sortir de sa sieste… Puisque tu parles des solos : quelque chose à reprocher de ce côté-là ?
-Ils ont eux aussi tendance à se ressembler mais les trois guitaristes sont de fameuses gâchettes et leurs partitions sont de bonne facture. Ce sont eux qui sauvent de l'ennui le bavard "The Writing on the Wall" et l'interminable "The Parchment".
-Tu es en train de dire que ton Senjutsu, là, n'est pas si nocif que ça ?
-À mon avis, un embrigadement de nouvelles populations est peu probable. La Vierge du Fer continue à se replier sur ses acquis et je ne vois pas comment ses membres vont pouvoir convertir les jeunes générations avec cette livraison routinière. Les disciples, en revanche, vont opiner du chef et rester captifs, comme d'habitude, tellement les auto-citations sont nombreuses et les plans calqués les uns sur les autres.
-Je ne comprends pas pourquoi les adeptes restent soumis comme ça. Ce ne sont quand même pas les nappes de synthés auto-générées et la batterie en mode automatique qui les conditionnent de cette façon ?
-Peut-être que ça participe d'une séance d'hypnose collective : la communion d'une assemblée d'indécrottables nostalgiques, qui refusent les mutations du monde et se rassurent avec des repères immuables. Je ne suis même pas certaine qu'ils écoutent souvent les dernières productions de leurs mentors. Savoir qu'elles existent et qu'elles sont hermétiques à toute trace de modernité, telles des balises familières émettant depuis le passé, suffit à les contenter.
-Dis donc, on n'est pas loin de la dérive sectaire, là ! Il faut approfondir l'enquête, savoir à qui profite la situation, connaître leurs réseaux, dévoiler leurs métho...

-Alerte à toutes les équipes, je répète, alerte à toutes les équipes : descente immédiate dans le studio pour neutralisation de l'élément Eve Bombardo ! Allez les gars ! Go go go !
-Quoi ?! Fumier ! Eve, laisse tout tomber et barre-toi, vite ! On a été trahies !
-Vous croyiez que nous allions vous laisser zigouiller notre poule aux œufs d'or ? Un business aussi rentable, avec des bénéfices assurés pour toute la communauté : hors de question de mettre fin à tout ça !
-Il y a tellement de collectifs talentueux qui méritent qu'on mise sur eux ! Vos vétérans, là, ils ont peut-être du savoir-faire, mais ils réchauffent toujours la même tambouille sans saveur. Laissez-les se débrouiller tout seuls, ils sont suffisamment compétents pour respecter leur public et ne pas tomber dans le n'importe quoi. Les mettre sous perfusion va faire passer la « communauté », comme vous dites, pour un ramassis de vieux schnocks passéistes. Aucune chance d'attirer les jeunes !
-On s'en fout des gamins, ils ne pensent qu'au trap et au metalcore de toute façon. Et ils n'ont même pas de thunes, ces losers. Nous, tout ce qu'on veut c'est continuer à se goinfrer. Et pour ça, il faut des icônes, des dieux vivants que les fidèles vénèrent. Des têtes de gondoles.
-J'avais senti venir le coup, fripouille ! Me faire miroiter des accès backstage pour la prochaine tournée d'Aerosmith alors que les gonzes se foutent des procès au cul et tiennent à peine debout, c'était trop gros - contrairement à votre accessoire du milieu. Mais voyez-vous Eddie, dans mon J9 pourri, j'ai toujours une arme de secours. Tiens, prends ça dans les esgourdes, Judas, et fiche-moi le camp fissa !
-Jarta, ouvre, c'est moi ! Allez on se tire d'ici !
-Fiasco sur toute la ligne, ma grande. Je t'avais prévenue que ça risquait de mal tourner.
-On aura essayé. Dis, j'ai croisé un type qui courait comme un dératé en hurlant des insanités à propos d’un has been allemand.
-C'était la taupe qui a lancé l'ordre de te choper. Il ne m'a pas laissé le choix.
-Tu as osé ? Le live pirate de la dernière tournée de Michael Schenker ? À côté, Senjutsu est un chef d'œuvre d’audace.
-Pas le choix, je te dis.
-Usage d'arme non légale, il va nous falloir être convaincantes pour garder notre place au sein de la brigade.
-Tu aurais préféré que je dégaine le Trust 2017 ?
-Range ça tout de suite, malheureuse !




Un commentaire ? Un avis ? C'est ici.


©Les Eternels / Totoro mange des enfants corporation - 2012 - Tous droits réservés
Trefoil polaroid droit 4 polaroid milieu 4 polaroid gauche 4